Une épidémie de tuberculose dans les années 1930

mardi 24 février 2009
par  Bruno
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Une épidémie de tuberculose dans les années 1930

A Valenton, nous n’avions pas de docteur, il y en avait un qui habitait à Boissy-Saint-Léger. Ce médecin n’avait pas de voiture, alors il faisait ses visites à cheval. Il montait la côte de Valenton. Il avait des bottes d’un cuir très coloré. Ma mère quand elle l’apercevait de notre fenêtre nous disait : « les enfants, venez vite voir, venez vite voir le docteur Sannah ». On tirait le rideau et quand il nous voyait il faisait un petit coucou. Il allait faire toutes ses visites à cheval.

Il y eut une épidémie de tuberculose assez grave. Le fils de l’entrepreneur de maçonnerie Julien qui avait l’âge de mon frère en est mort et il allait à l’école ; moi aussi, j’ai eu la tuberculose et j’allais à l’école, ma petite cousine est morte et elle allait à l’école. La tuberculose sévissait.

C’est quand on s’est aperçu qu’il y avait une épidémie qu’on a décidé de nous faire des cutis. Moi, ce n’était pas la peine, j’avais une grosse adénite tuberculeuse et comme on n’était pas très riche et qu’il fallait payer le docteur, mon père nous emmenait au dispensaire. Là, ils me faisaient des ponctions et m’enlevaient tout le pus. Quand je sortais, j’avais un bandage tout autour du cou et de la tête. Je souffrais, j’allais à l’école avec tous mes pansements.

Le médecin avait dit que je devais aller à Berck alors, mon père y est allé ; il est revenu après avoir fait tous les établissements, et il a dit à maman le prix que cela coûtait, c’était presque son salaire. Il n’y avait pas de sécurité sociale. Ma mère s’est mise à pleurer. Alors mon père m’a fait un petit banc et quand le soleil venait, il fallait que je reste une à deux heures dehors avec mon chapeau que maman m’avait acheté.

Plus tard, les médecins se sont étonnés de ma guérison compte tenu du fait que je n’avais pas eu de traitement. Sans doute est-ce parce que j’étais souvent allée à la campagne chez mes grands parents : je m’y rendais à chaque vacance. On y respirait bien.