Chercher du travail après l’école dans les années 1930

mardi 24 février 2009
par  Bruno
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Chercher du travail après l’école dans les années 1930

J’ai passé le certificat d’études à 11 ½ et ensuite j’ai passé un examen pour entrer à l’école Jules Ferry de Villeneuve Saint Georges [1]. Sur quatre, moi seule fut admise. Mais j‘avais une mauvaise santé. Du Paillis il fallait descendre à Valenton. Un bus nous emmenait deux fois par jour mais il fallait remonter la côte avec le cartable.
J’étais très fatiguée et je pleurais souvent. J’avais eu la tuberculose d’où une fatigue intense. De plus mes parents n’étaient pas assez riches pour que je mange à la cantine. Aussi mes études se sont arrêtées là. Ma mère faisait des lessives pour améliorer les fins de mois. J’allais faire les lessives avec elle. Je me souviens de maman avec sa lessiveuse sur la brouette ; nous allions au lavoir par tous les temps.

Je voulais être couturière. Il y avait une dame au paillis, une italienne. Mais elle avait déjà une apprentie. Elle n’avait pas assez de travail pour moi. Mes parents ne voulaient pas m’envoyer à Paris dans une grande maison de couture. Ma santé était trop fragile. J’étais trop jeune. Aussi je restai avec ma mère. Un jour j’ai rencontré une copine d’école : « Viens donc avec moi » me dit-elle. "Ma patronne t’embaucherait. On fait le tricot à la machine". Elle était spécialisée dans la layette. Mes parents n’étaient pas riches. Je m’en rendais compte. J’avais très envie de travailler. Mon amie en parla à la patronne qui fut d’accord. Mais mes parents eux ne l’étaient pas. Il fallait travailler 10 h par jour pendant la pleine saison. Au printemps, il y avait trois mois de morte saison qui n’étaient pas payés. Mes parents ne voulaient pas.

La patronne me demanda alors de venir toute seule. Je me suis présentée. Mais il fallait alors obtenir un carnet de travail délivré par la mairie car seuls les enfants âgés de plus de 14 ans pouvaient travailler dans l’industrie. J’avais 13 ans et demi. Une dérogation était possible. La règle était la suivante : il était possible de travailler à condition d’avoir le certificat d’études.

J’ai travaillé donc 4 ans dans cette fabrique de vêtement d’enfants : on était 4 ou 5 avec trois machines et moi je bobinais la laine que je devais fournir aux ouvrières. Si j’avais du temps je grattais avec des chardons. Il fallait travailler pendant dix heures par jour sans s’asseoir, pas même sur un tabouret. Je suis entrée en mai 1936 et j’ai travaillé jusqu’en 1940.

L’usine à Villeneuve qui fabriquait des boites en fer embauchait. En 1940, ils ont beaucoup embauché. Maman a été embauchée et je suis allée travailler avec elle. Je travaillais avec la peinture au pistolet. Ce n’était pas très bien pour moi. Cela n’a duré que six mois.


[1L’enseignement primaire supérieur pouvait être donné dans les écoles primaires sous forme de « cours complémentaires » qui menaient au « Brevet Elémentaire » à 16 ans (niveau 3ème), et permettaient de préparer le concours des Ecoles normales d’instituteurs. L’école qui assurait les cours et qui était la plus proche était l’école Jules Ferry de Villeneuve Saint Georges.


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