Souvenirs d’une toute petite fille de Valenton : l’exode

mercredi 22 juillet 2009
par  Martine
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Fuyant les Allemands, une population innombrable s’est jetée sur les routes, venant du Nord et de l’Est. De nombreux Valentonnais ont fait de même. Nous sommes en mai-juin 1940. Une Valentonnaise qui avait alors à peine 3 ans a conservé quelques souvenirs discontinus mais précis de cette période.

Mon souvenir le plus lointain remonte au mariage de Taty auquel je n’avais pas assisté car j’étais trop petite. J’étais restée chez Manlou qui habitait au Paillis à côté de chez la couturière.

Je suis assise dans une chaise de bébé et je regarde par la fenêtre le cortège passer. Vision assez tenace pour une petite fille que l’on a laissée de côté.

Autre souvenir très fort la guerre, plus particulièrement l’exode de mai-juin 1940. Les parents paniquent un peu, il faut partir, prendre le strict nécessaire et quelques provisions ; la maison reste ouverte et nous partons en camion, Alfred, Pierrot, Paulette, Olga, Germaine, Maman, Taty, Estelle et moi. Je ne me souviens pas s’il y avait d’autres personnes. Alfred conduisait le camion où nous étions entassés : avec de la paille pour dormir, un peu de vaisselle, des œufs dans un grand panier, du lait. Je ne voulais pas dormir dans la caisse car au fond il y avait de la vaisselle ; nous sommes partis sur les routes, Germaine avait abandonné la voiture qu’elle conduisait, faute d’essence. Il y avait tellement de voitures sur les routes qu’il était difficile de circuler.

Et puis tout à coup, un grand bruit dans le ciel : ce sont des avions allemands qui piquent sur les véhicules au sol, les gens crient, les chevaux tombent blessés dans le fossé. Alfred arrête son camion ; il nous fait descendre et nous fait passer sous le camion pour nous abriter. Couchés sur des couvertures nous attendons que le bombardement cesse.

Heureusement parmi nous il n’y a pas de blessés. Mais à côté de nous il y a des voitures retournées, des chevaux, des gens sont blessés et il nous faut faire demi-tour car les Allemands sont devant nous dans ce village dont j’ai oublié le nom.

Et nous reprenons la route parmi tous ces gens en déroute. Nous reprenons le chemin de Valenton.

Arrivés à la maison, pas un Allemand en vue ; nous aurions mieux fait de rester chez nous. Rien n’avait été volé et pourtant la porte était restée ouverte. Ma joie fut grande de retrouver mon "autre" que j’avais oublié dans la précipitation du départ. Cet "autre" était ce que les enfants appellent un doudou. Il s’agissait d’une serviette de toilette qui sentait bon le savon et il ne fallait pas la laver.

Nous reprenons notre vie malgré les restrictions. Nous ne manquions de rien avec la ferme Grandjean : nous avions toujours du lait, des œufs.

Les Allemands sont arrivés à Valenton. Ils sont alors cantonnés sur le trottoir en face de chez nous. Il y a beaucoup de camions. Quelques Allemands sont assez gentils. Un gradé est venu à la fenêtre : il a demandé à ma mère si j’étais française ou allemande. Il faut dire qu’à l’époque j’étais très blonde avec des joues très rondes. Ma mère lui a dit que j’étais française, il parlait bien le français, alors il lui a demandé s’il pouvait m’emmener jusqu’au camion, ma mère un peu inquiète lui a dit oui. J’étais assise sur la fenêtre. Il m’a prise dans ses bras pour aller jusqu’au camion, et quand il m’a ramenée j’avais des gâteaux, de l’ananas en boite dans les bras. Il a remercié ma mère et lui a dit : "j’ai moi aussi une petite fille".

Les Allemands restèrent cantonnés sur le trottoir longtemps. Un jour, un soldat allemand qui avait un peu trop bu est entré dans la maison. Nous avons eu bien peur car nous ne savions pas ce qui allait lui passer par la tête. Finalement il est ressorti. Il y eut plus de peur que de mal.


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