Souvenirs douloureux de la guerre de 14-18

jeudi 20 août 2009
par  Martine
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En 1972, au cours d’une réunion familiale Julien Duranton (père) fait le récit des souvenirs qu’il garde de la guerre.

"La mobilisation générale en 1914 a été annoncée par le garde champêtre de Valenton ; ce pauvre homme avait les larmes aux yeux en annonçant la nouvelle. Personnellement, j’étais décidé à partir tout de suite, mais je pensais à ma grande amie, mon épouse, qui, comme moi, ne pouvait dissimuler sa peine ; il me fallait la quitter.

Arrivé à Paris, je fis la connaissance de trois hommes, qui, comme moi, venaient d’être appelés ; ensemble nous avons rejoint Lyon. Arrivés à destination, un sergent réserviste nous a conduits à la caserne de La Pardieu où nous passâmes la nuit couchés sur la paille.
le lendemain nous avons été emmenés au centre mobilisateur situé dans un lycée de jeunes filles ; j’y rencontrai le capitaine Bézère avec lequel j’avais fait une période de 23 jours à Gap dans les Hautes Alpes. Il me garda dans la compagnie. Quelques jours plus tard, nous avons quitté Lyon pour rejoindre le front. Arrivés dans une petite bourgade près d’Epinal, le capitaine nous donna l’ordre de sabrer nos fusils : un avion avait été mitraillé non loin de nous.

Le lendemain à marche forcée, nous sommes partis en direction de l’Allemagne ; à un endroit nous nous aperçûmes que le poteau frontière avait été arraché.
Nous avions comme nourriture des carottes à chaque repas.

Au cours de notre progression en territoire allemand, nous avons aperçu une patrouille de uhlans [1] qui pour manifester leur présence tirèrent quelques coups de fusil, abattirent le cheval du colonel, puis disparurent.

Nous avions l’ordre de ne pas tirer et de progresser jusqu’au moment où nous avons été stoppés par un tir de mitrailleuses. A ce moment, nous nous sommes aperçus que les Allemands manœuvraient pour encercler notre bataillon. Il restait un seul passage pour se replier. Nous l’empruntâmes pour regagner à pied Longwy qui était à portée des tirs de l’artillerie allemande comme nous l’avions constaté à notre arrivée. A peine avons-nous terminé notre marche de 47 km que nous faisons demi-tour et accomplissons, à nouveau, 45 KM. C’était pénible ; les hommes tombaient de fatigue sur la route. Pour m’aider, j’utilisai un bâton. Après un repos forcé par la fatigue, nous avons reçu un ordre de repli : les Allemands avançaient.

De retour en Meurthe-et-Moselle, nous avons pris position à proximité des premières lignes et y sommes restés 18 mois ; c’était terrible à cause des bombardements. Nous n’avions aucune permission, les hommes étaient exténués. Le "Tigre" -vous devez avoir entendu parler de Clémenceau,- en prit conscience. Un malin, le "Tigre" : il donna alors l’ordre de doubler la ration des soldats.

On montait au feu pendant trois jours, puis on redescendait pour trois jours et ainsi de suite. Le capitaine Bézère avait été tué par une mine française. Nous l’avons regretté et avons fait une collecte pour payer une couronne. Il a été inhumé à Lunéville.

Cela a été très pénible vous savez, ça été dur, la lutte a été dure. J’ai vécu à côté de morts, on mangeait à côté de morts, on était à tout instant exposé à la mort ; et quoi dire ? quoi faire ? Se révolter, mais non, ce n’était pas le moment. On se révoltait, c’était la grande victoire pour les Allemands, il ne fallait pas. Il fallait tenir bon, nous Français. On dit patriote pour défendre son pays."


[1lanciers des armées allemandes et autrichiennes utilisés comme éclaireurs


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