Une jeune fille séduite, un enfant sans père (1780)

jeudi 29 décembre 2011
par  Martine
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Un édit de Henri II de février 1556, repris en 1585 et en 1708, ordonna aux filles non mariées et aux veuves qui attendaient un enfant de déclarer leur grossesse sous peine de mort, ceci afin d’éviter les infanticides. Mais l’édit ne précisait pas où devait être faite cette déclaration.
À Paris, les déclarations se sont faites devant les commissaires au Châtelet ; dans le reste du royaume, elles le furent en général au greffe ou devant un juge. On y trouve l’identité de la mère et, le cas échéant, celle du père et les circonstances.
A Valenton on peut trouver dans les registres paroissiaux une telle déclaration. Celle-ci a été faite en 1780 devant le prévôt et juge de la prévôté et châtellenie de Valenton. Elle concerne Marie Anne Rivière et Marc Marchais compagnon charpentier.
Un enfant est né le 24 février 1781, sous le nom de sa mère. A sa naissance son parrain est Clément Marchais le frère de son père, ce qui montre que la jeune fille n’a pas été complètement abandonnée même si le père de l’enfant ne l’a pas épousée.

L’an mil sept cent quatre-vingt, le mardi trente un octobre de relevée, Nous, François Marin le Prévost du Rivage, ancien avocat au parlement de Paris, Prévost et juge de la Prévôté et Châtellenie de Valenton, assisté de notre greffier ordinaire, sommes transportés en une maison bourgeoise sise audit lieu, appartenant au Sieur Heyrault, bourgeois de Paris, à l’effet d’y recevoir la déclaration de la grossesse de la personne de la ci-après nommée, ou étant est comparue devant Nous, Marie Anne Rivière, âgée de vingt un à vingt deux ans, fille de François Rivière, jardinier dudit Sieur Heyrault et de Marie Louise Heyrault, laquelle fille Rivière nous a déclaré qu’il y a plus d’un an que Marc Marchais, compagnon charpentier, âgé de près de vingt cinq ans, natif de ce lieu, ayant fait son apprentissage chez le vieux Langlois, Maître charpentier en ce lieu, et demeurant depuis le commencement de septembre dernier à Paris, lui a fait sa cour, la fréquentoit, et qui se voyoient le plus souvent qu’il leur était possible, que, ayant fait connaissance ensemble, ledit Marchais lui proposa de l’épouser, quelle déclarante que le parti était sortable, entendit ses propositions ; que ledit Marchais sous ce prétexte, et abusant de la simplicité de la déposante, prenoit certaine privauté et à l’instant, nous nous sommes retirés, attendu que ladite fille ne nous en a pas voulu dire davantage, et n’a même pas voulu déclarer sa grossesse ; et a déclaré ne savoir signer.

De ce qui enquiert suivant l’ordonnance, les aveux signé avec notre greffier, ainsi qu’il est dit et écrit en la minute des présentes, ainsi signé en cet endroit, le Prévost du Rivage , Prévost et Jolly greffier, avec paraphe le

Et à l’instant, comme nous nous retirions, la mère de ladite Rivière nous a prié de vouloir bien continuer notre procès verbal, et recevoir la déclaration d’icelle, et à l’instant icelle fille Rivière nous a dit que la première fois que ledit Marchais l’a connue charnellement, c’étoit le jour des noces de la veuve Jourdet, qui était à la Sainte Catherine de l’année dernière, que alors et ledit jour, toujours en la promettant de l’épouser, il l’attiroit dans la maison bourgeoise où nous sommes, et malgré toutes les résistances de la déclarante l’ayant fait venir dans le bucher, il jouit d’elle pour la première fois, que depuis ce temps et toujours sous les promesses de mariage, il en a joui plusieurs fois, et souvent il l’a voyoit charnellement trois fois au plus la semaine ;

que de ce commerce, elle s’est aperçue qu’elle étoit grosse des œuvres dudit Marchais, et ce que ses règles ne sont pas venues le mois de mai dernier, d’où elle présume grosse comme elle est ; que sa grossesse est de cinq mois et demie à six mois, que depuis ce temps là, et encore bien qu’elle se fut aperçue qu’elle fut grosse, ledit Marchais a toujours joui d’elle charnellement jusqu’au quinze août dernier ; qu’il s’en est allé d’abord à Vitry, et depuis à Paris où il demeure présentement, et toujours en lui promettant de l’épouser ;

que ces sortes d’embrassements se faisoient fort souvent dans la maison où nous sommes, mais aussi ailleurs, et surtout en revenant de Villeneuve-Saint-Georges et dans les champs, que depuis ce temps, elle ayant affaire à Paris, et en l’occasion de voir ledit Marchais qui se sont expliqués ensemble, et qui lui a encore promis de l’épouser au mois de janvier prochain, qu’alors Marie Félicité Henriette Thiveau étant avec la déclarante et ledit Marchais, ladite Thiveau dit audit Marchais, quand donc tu nous feras aller à la noce ; qu’alors ledit Marchais dit ; ce sera plus tôt qu’on ne pense , mais comme ladite déclarante craint que ledit Marchais ne tienne pas sa parole, et pour d’ailleurs satisfaire à l’ordonnance qui enjoint aux filles grosses et femmes veuves grosses de faire leur déclaration de grossesses devant les juges des lieux pour éviter tout accident, ladite fille Rivière nous a fait la présente déclaration dont elle nous a requit acte ;

ce que nous lui avons octroyé ce dit jour et an que dessus et a derechef déclarée ne savoir écrire ni signer de ce enquit suivant l’ordonnance, et avons signé avec notre greffier, ainsi qu’il est aussi dit et écrit en la minute de la présente déclaration expédiée et délivrée par Moi greffier de ladite prévôté, soussigné le samedi vingt quatre février mil sept cent quatre vingt un, à la mère de ladite fille Rivière.


Documents joints

Acte de naissance de Clément Marc Rivière
Acte de naissance de Clément Marc Rivière

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