Un Valentonnais dans les Dardanelles (1915-1916)

dimanche 27 janvier 2008
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François Gouré qui habita à Valenton dans l’actuelle rue Pierre Sémard était cheminot à la compagnie PLM lorsqu’il fut mobilisé. Il participa à l’expédition d’Orient et dans un minuscule carnet raconta son périple. Embarqué à Marseille le 18 septembre 1915 à 5 h du soir, il parcourut la Méditerranée à bord du Natal navire à vapeur à 3 mâts et 2 cheminées. Cet extrait le situe en octobre 1915 sur l’île de Lemnos dans la baie de Moudros d’où il part pour le Cap Helles

Le 12 octobre au soir nous recevons l’ordre de partir.

Le 13 à 10 h le matin nous embarquons à 11 h 1/2 et à midi 1/2 le bateau met le cap sur les Dardanelles. Nous avons une très mauvaise mer avec un bateau qui ne tient pas. Nous nous balançons d’une belle façon et beaucoup sont malades mais « je ne me sens de rien ». Nous débarquons à 8 h du soir à Seddul Bahr et nous allons au bureau de la place. Nous mangeons du singe et l’on nous disperse par groupes qui vont chacun dans une compagnie. Nous sommes affectés à la compagnie 4104 ( ?) distante de 5 kilomètres. Nous y arrivons et nous trouvons une guitoune où nous couchons. Le lendemain, travaux dans le camp.

Le 13 nous partons pour les tranchées le soir nous continuons et moi je travaille à la mine jusqu’à 4 h 40. Je cesse d’entendre les turcs. Je fais prévenir l’officier lequel vient se rendre compte. Nous percevons les turcs en train de faire le bourrage et nous préparons la chambre à mine et à la hâte nous faisons le bourrage.
A 2 h 1/2 nous faisons la mise à feu la mine saute et 5 minutes plus tard les turcs font sauter la leur nous l’avons échappé belle.

Le 16 à midi nous sommes relevés et nous avons repos jusqu’au 17 à midi et nous retournons aux tranchées pour 3 jours.
Le 18 nous redescendons.

Le 20 à midi nous n’avons pas été trop malheureux nous avons fait des gabions (Les gabions sont des constructions de fils formant l’enveloppe extérieure des éléments en fil et en pierres en forme de prismes) de fil de fer barbelés.

Le 21 nous faisons des fouilles pour de nouveaux abris.

Le 22, nous repartons aux tranchées à 11 h.

Le 23, mine débourrage et boisage en rameaux ( ?).

Le 24, 25, 26, même travail.

Le 27, même travail.

Le 28, travaux au camp abris

Le 29, nous partons aux tranchées à midi. Le soir nous sommes prévenus qu’il faut 4 hommes du Génie pour la pose de fil de fer barbelé dont 2 en seconde ligne et 2 en 1ère ligne. L’on tire au sort. Moi je suis désigné pour aller à la 4ème compagnie de sénégalais en 1ère ligne. L’on me donne 4 sénégalais dont 3 hommes et 1 caporal et un sergent européen. Il y a 2 tués et 4 blessés à côté de nous je m’en tire assez bien je l’échappe belle la position était très dangereuse.

Le 30, 4 autres sont désignés, toujours des blessés et le sergent qui, la veille, était avec moi est tué.

Le 31, encore des blessés et des tués, ces travaux étant excessivement dangereux.

Novembre 1915

Le 1er novembre, nous revenons à midi. Je fais la sieste 1/4 d’heure mais je suis dans l’obligation de me mettre en sûreté car les turcs nous canardent de la côte d’Asie.

Le 2, restons au camp pour faire des abris vers 8 h du matin. Les turcs nous bombardent de nouveau nous déjeunons assez tranquille vers 2 h le bombardement reprend à trois heures. Je vais aux feuillées (lieu d’aisance) une marmite tombe à quelques distances de moi au même moment ; J’entends une qui vient à moi. Je me cache derrière des tonneaux, elle tombe à un mètre de moi. Elle n’éclate pas. Je suis recouvert de terre. Je me relève, je ne suis pas blessé. Je l’ai échappé belle encore une fois.

Le 3, nous retournons aux tranchées, nous commençons un puits en 1ère ligne.

Le 4, à 6 heures du matin, nous sommes relevés. Je lave mes fringues.

Le 5, 6, 7, 8, nous ne faisons plus de mines, nous allons trois jours aux tranchées et nous revenons 6 jours au camp. Nous faisons différents travaux : extraction de pierres, construction d’abris, construction de routes.

Le 17, attaque des anglais, prise de 2 tranchées turques.

Le 20, nous allons, 1 sapeur par compagnie coloniale et indigène pour la pose de fil barbelé, 2 en 1ère ligne, 2 en 2ème ligne. Nous tirons au sort pour savoir qui ira. Mais je m’y colle le premier en 1ère ligne avec 5 Sénégalais et 1 sous-officier européen. Il y a 2 tués et 5 blessés…. Le sous-officier l’échappe belle. Une balle lui passe à l’oreille. Enfin, le travail est fini. Nous nous retirons. De mon équipe, il n’y a personne de blessé. Je suis complimenté par le…lequel me demande mon nom pour être cité et y retourner le lendemain. Je m’y refuse et je fis bien car le sous-officier est tué […..]

[Les Turcs tentent de reprendre les tranchées et restent. 3 fois ils reculent et ils ont de grosses pertes]

Enfin le 28 novembre le fil de fer est terminé. Nous faisons une petite tranchée pour une conduite d’eau (Vive canonnade). Assez dangereux. C’est en 2e ligne. Nous recevons quelques obus (Le soir une fusillade) et un peu de canon … quelques balles de fusil. Enfin il n’y a personne de touché.


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