L’école des filles dans les années 1930

mardi 11 mars 2008
par  Martine
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" A Valenton, il y avait à cette époque

- une classe maternelle sur le coteau, dans un très vieux château, au cœur d’un parc,

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Le Château qui abrita l’école maternelle dans les années 1930

- l’école des garçons avec Mr Gary comme directeur, dans le bâtiment de la mairie aujourd’hui bibliothèque municipale,

- l’école des filles, dirigée par Mme Fontaine rue des Ecoles. Une bien pompeuse dénomination pour deux classes allant de la sortie de la maternelle au Certificat d’Etudes. Ces deux salles entouraient un corps de bâtiment, logement de la directrice et de sa jolie chienne Sapho.

D’emblée je fus dans la 1ère classe, celle de Mme Fontaine puisque je savais lire et écrire, et dans la dernière division, près de la porte d’entrée. Les grandes, celles qui préparaient le Certificat d’Études, étaient à l’autre bout de la classe, côté jardin. Entre elles et nous les petites, trois autres divisions.

Au centre de la classe, le gros poêle rond, entretenu par Mme Pileux, la mère d’une élève. Une estrade où trônait le bureau de la directrice-maîtresse, un tableau noir au mur, et deux autres sur chevalet où chaque matin était inscrite une pensée que nous devions transcrire sur notre cahier, et que Mme Fontaine nous commentait. Et puis, bien sûr, accrochées aux murs, les cartes géographiques muettes ou non, qui prenaient place sur un tableau noir au cours des leçons.

Entre la rue et le bâtiment, la cour avec des marronniers, un coin pour la réserve de charbon, et les cabinets. « Tu me tiens la porte ? »
Au signal de rentrée les filles se précipitaient en rang par deux devant la porte de leur classe et, aussitôt, entonnaient un chant, qui les accompagnait, plus ou moins harmonieusement, jusqu’à leur pupitre.

Les grandes, elles étaient cinq lorsque j’arrivai : Andrée Maloigne, Ginette Grobois, Louise Richardeau, Suzanne Daumale et Marie Louise…, préparaient le Certificat, et nous en imposaient par leurs connaissances. Mme Fontaine faisait travailler différemment et en même temps chaque division. Pas de temps mort. Un prodige d’organisation.

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Ecole des filles, année scolaire 1932-1933

Nous bénéficions de quelques fournitures scolaires, et les livres nous étaient confiés pour l’année. Pas de crayons à bille à cette époque ; on se servait d’une plume –en métal- : on en était tout de même plus à la plume d’oie !

Chaque lundi matin on nous en donnait une neuve en échange de celle qui nous avait servi la semaine passée. Nous écrivions à l’encre violette puisée dans l’encrier de porcelaine blanche intégré à la table.

Nous avions des cours de couture. Fil rouge sur carré de toile où il fallait échantillonner tous les ponts. Nous avons appris à poser des pièces, à coudre des biais, même en arrondi, à faire une taie d’oreiller miniature, à repriser, à maîtriser les coins en onglet et même à composer des motifs brodés ou à jours. Pas facile pour des gamines.

De la gymnastique ? Que nenni. Sauf tout de même un peu avant l’examen du Certificat d’Etudes où quelques mouvements de coordination de gestes nous étaient montrés par Mme Fontaine…pas tout à fait dans son élément d’ailleurs ! Mais il fallait bien que nous ne soyons pas prises au dépourvu lors de la grande épreuve !

J’allais oublier la visite médicale annuelle. Simple et rapide. A l’arrivée du médecin dans la classe, les élèves se levaient pour se ranger en file indienne afin de se présenter au DR Catonnet. Celui-ci nous tâtait le cou, regardait le fond de la gorge… et le dessus du crâne pour détecter d’éventuels locataire. A la suivante…

En fin d’année scolaire Mme Fontaine devenue Mme Rikovski, faisait travailler davantage les aînées tandis que les plus jeunes nous étions dans la cour très occupées à faire de la charpie. Consciencieusement fil à fil nous détissions de vieux morceaux de toile usagée. Ces filaments rassemblés étaient destinés aux hôpitaux pour panser les plaies, qui le sont maintenant par des compresses et du coton chirurgical.

L’année du « Certif », notre temps libre entre matinée et après-midi était réduit d’une heure quelques semaines avant la date fatidique de l’examen, afin de réviser ou de parfaire certaines matières. La maîtresse ne ménageait pas sa peine.

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Ecole des filles 1933-1934

Et il y avait la distribution des prix. Pour ceux de politesse et de bonne camaraderie les élèves votaient. J’étais tellement timide que le premier de ces prix m’échouait chaque année jusqu’au jour où Mme Rikovski nous dit de changer un peu.

La fête de fin d’année était minutieusement préparée. Il fallait apprendre les chants accompagnant les saynètes. En 1933 ce fut « Primprenelle la blonde » interprété par les grandes. Andrée Maloigne avait de longs cheveux blonds…

Une autre année il s’est agi d’un jeu de cartes et il a fallu confectionner des costumes en papier crépon. J’étais la Dame de Pique et Marguerite Gilardin fut mon roi.
Le jour des prix était un grand évènement. A cette occasion, en 1933, et pour la première fois je suis allée chez la coiffeuse pour une ondulation. Ce jour là aussi il y avait une nouvelle robe ce qui pour maman était motif à création.

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La fête des prix

Quelle émotion de monter les marches où présidaient « les autorités » pour recevoir son prix tandis qu’un air de fanfare retentissait pour les prix d’honneur et d’excellence.
Ce fut pour moi celui d’excellence après le certificat, obtenu avec mention bien (comme Eliane Agot et Denise Papon). C’était en 1936.

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Madeleine et son prix

Depuis notre école a disparu. De temps à autre je reprenais cette « rue des Ecoles » pour la revoir et m’attendrir sur le passé. Le choc fut sérieux le jour où je vis toute trace de ces années était effacée. Un petit espace vert remplaçait notre école…"

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Ce qui restait de l’école dans les années 1990…
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Ce qui restait de l’école dans les années 1990…
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Ce qui restait de l’école dans les années 1990…

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L'école des filles dans les années 1930
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