Je suis arrivé à Valenton en août 1960

vendredi 4 avril 2008
par  Martine
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La Lutèce : notre premier logement

La Lutèce, août 1960, bâtiment A, escalier 1, 3ème étage. Notre logement après un an de mariage. Une année passée chez mes parents, rue Jean Jaurès à Villeneuve-Saint-Georges, à partager les nuits blanches provoquées par les pleurs affamés de notre petite en manque de poids.

Une année dépourvue de l’intimité nécessaire à l’épanouissement d’un jeune couple, à son émancipation, sa construction et, soyons francs : sa libération d’une tutelle maternelle qui, bien que bienveillante, trop sans doute, n’était pas moins réelle et pesante, source de conflit entre générations.

Alors imaginez ce que nous avons ressenti, Liliane et moi, en poussant pour la première fois la porte de notre deux pièces. Nous n’étions pas seulement haletants par la montée rapide de trois étages mais surtout à l’idée de ce que nous allions découvrir... Le Paradis, Versailles, le Nid ! un Emerveillement ! Une salle de séjour, une cuisine, un couloir et au bout, une chambre. Tout nous semblait immense et luxueux, pensez, nous avions même... une douche. Notre chambre ! et ne plus avoir à traverser aux heures tolérées celle trop voisine des parents.

Nous étions chez nous et devenions maîtres de nos destinées. Libres de fermer sur nous-mêmes notre appartement à double tour. Libres, au contraire, d’ouvrir notre porte à tous ceux dont nous voulions qu’ils connaissent un bonheur semblable au nôtre.
Nous avons choisi la deuxième option, Celle de la lutte reconnaissante.
Pour le développement social, moderne, d’une ville ouvrière, accueillante, chaleureuse, qui nous avait ouvert ses portes.

Lutte pour la paix en Algérie, contre l’OAS fascisante, le bruit des avions. Luttes pour que nos enfants grandissent, s’instruisent, fassent du sport, se cultivent, soient tout simplement heureux. Combats pour arracher les crédits nécessaires pour un développement harmonieux de Valenton qui a su échapper aux barres et aux tours inhumaines grâce à l’intelligente action de Julien Duranton, de ceux et celles qui l’ont précédé, accompagné et succédé.

Alors, nous avons découvert la valeur formatrice éducative, le démultiplicateur de force constitué par l’action unitaire, organisée, collective.

Nous nous réunissions entre voisins, pas seulement pour refaire le monde de manière théorique, mais pour agir concrètement pour un mieux être social partagé.
Bien plus tard, quarante cinq ans après, nous sommes à même de constater que nous n’avons jamais retrouvé pareille ambiance ailleurs.

Nous étions bien plus qu’une famille d’idées, un groupe soudé partageant joies et peines. Animé d’une fraternité ponctuée de bons moments de détente entre deux « manifs », entre deux collages, entre deux distributions de tracts. A nous les soirées joyeuses, les parties de pétanque animées dans les allées boisées du domaine, car il n’était pas entièrement construit. Ou, certains hivers froids, les patinages hasardeux dans les trous non encore comblés des bombes de la seconde guerre mondiale qui ont ravagé l’habitat valentonnais, notamment à Pompadour.

Voilà, c’était ça notre Lutèce à ses débuts. Une cité sans commerce, sans centre culturel, sans balcon non plus. Une H.L.M. qui, telle que nous venons de la revoir nous est apparue avoir été bien rénovée. C’est pourquoi nous considérons comme insupportable tout acte de violence, tout vandalisme à son égard.

D’autant que, malgré toutes ces années de luttes, de nuits blanches, nous n’ignorons pas que les pauvres sont encore plus pauvres, que, faute de toit pour les abriter, trop d’entre eux meurent de froid ou disparaissent atrocement dans les incendies des marchands de sommeil.

C’est pourquoi, nous nous permettons de dire en conclusion aux nouveaux « Lutéciens » : « Ne cassez pas la cage aux oiseaux où nous avons niché, et où tant d’exclus aimeraient se poser. »

Jean Claude Morançais

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